
À une époque où le monde entier vante avec frénésie la nouvelle ère de ce qu’on appelle l’intelligence artificielle, qui a débuté en novembre 2022 avec l’apparition de ChatGPT, Dieter Mersch apporte, avec son ouvrage L’IA peut-elle faire de l’art ? Une critique esthétique, une contribution importante qui met en évidence, de manière bien fondée, les limites de cette IA tant vantée.
On attribue de véritables prouesses aux applications d’IA de toutes sortes ; il existe déjà des contenus générés par l’IA qui remettent en cause le principe selon lequel un texte a un auteur. De nouveaux générateurs d’images et de vidéos basés sur l’IA apparaissent sans cesse, et même dans le domaine de l’art, on estime que l’IA est capable de créer des œuvres d’art… ou on nous impose de les considérer en tant que spectateurs.
L’enthousiasme des adeptes de l’IA ne connaît pratiquement plus de limites. Il faut bien admettre que certains résultats de l’IA sont stupéfiants. Mais en y regardant de plus près, on se rend vite compte qu’il s’agit davantage d’apparence que de réalité : > ChatGPT : Résumé de L’Étranger d’Albert Camus.
Dieter Mersch a observé et évalué l’art généré par l’IA, issu de l’ordinateur, dans des galeries et des expositions organisées dans des musées prestigieux tels que le MOMA ou la Fondation Guggenheim. On se demande bien sûr : s’agit-il d’art ou cela peut-il être de l’art, alors qu’une IA en est le créateur… même si un humain doit saisir de nombreuses consignes (1) pour amener la machine à produire de l’art ?
Ce sont des probabilités de voisinage entre mots que l’IA calcule statistiquement en s’appuyant sur un très vaste corpus de mots afin de pouvoir analyser, intégrer et reproduire des structures. Il n’y aura pas d’intelligence propre, d’autant plus que la séparation d’un corpus de mots conduit le système à perdre ses fondements.
L’étude de Dieter Mersch porte sur la question suivante : l’IA est-elle capable de faire de l’art ? À juste titre, la réponse à cette question dépend également de la notion d’art qui sous-tend une telle interrogation. Comme Mersch n’aborde cette question en détail que dans la troisième partie de son ouvrage, il donne d’abord à l’IA toutes les chances de prouver ses capacités, énumère ses prétentions, explique ses promesses et examine les résultats. Le résultat pourrait décevoir les adeptes de l’IA : l’IA est très rapide, fournit des résultats étonnants pour certaines consignes, peut éventuellement raccourcir les processus de travail, est capable d’effectuer des calculs mathématiques (plus ou moins) exacts uniquement à l’aide de modèles, mais n’est pas intelligente. Ce qui n’est pas modélisable mathématiquement reste hors de sa portée ou la conduit, au mieux, à halluciner : > Peut-on utiliser ChatGPT pour des travaux scientifiques ? – www.france-blog.info, 22 avril 2023.
Dans les cinq premières sections de son ouvrage, Dieter Mersch expose de manière systématique les fondements de l’IA : comment elle a été conçue, comment elle fonctionne et comment ses résultats peuvent être évalués. Le deuxième chapitre, intitulé « Formalisation de la créativité. Vers une mathématisation de l’esthétique », il aborde les modélisations nécessaires à l’IA, leurs limites et leurs « erreurs de raisonnement » (p. 46 et suivantes) : lorsque les ordinateurs font semblant de pouvoir reconnaître quelque chose, « il s’agit systématiquement de mesures et de géométries… » « Le manque de sens est en revanche compensé par le Big Data et les fonctions de probabilité, qui tirent de quelques paramètres des conclusions complexes qui >semblent< avoir un sens » (p. 49). En d’autres termes, un ordinateur pourra-t-il jamais faire plus que ce qu’on lui fournit en termes de données, d’algorithmes et de paramètres ?
En l’état actuel des choses et après la lecture de l’ouvrage de Dieter Mersch, on ne peut s’empêcher de penser que le succès de l’IA tient au fait que ce sont uniquement l’enthousiasme et les convictions de ses adeptes qui garantissent ce succès, car « son (c’est-à-dire l’informatisation, H.W.) principe ontologique est le “comme si”, l’apparence. » (p. 50) Cela ne signifie rien d’autre que le fait que les systèmes d’IA ne cessent de faire croire qu’il s’agit de machines intelligentes. Leurs adeptes perdent la capacité de distinguer la réalité de la virtualité : cf. p. 50. Il ne s’agit pas là d’une description alambiquée, mais d’un résumé précis : « … Les modèles, en tant que mondes possibles, n’existent pas ; ils constituent des abstractions dans les limites de la cohérence mathématique. Ce qu’ils visent, ce sont des simulacres dans le contexte de telles restrictions. » (p. 55) Les modèles d’IA vont au-delà de leur objectif, ils hallucinent : « 2.5. Simulativité, hypermimèse et autres fantasmes démesurés. » (p. 56 et suivantes)
Le chapitre 3 traite de la « >Critique de la rationalité algorithmique< : une esquisse synoptique ». L’approche de Mersch est tout à fait justifiée et met en évidence un problème fondamental : il pose la question suivante : « … faut-il, parce que le véritable danger des intelligences artificielles réside dans leur surestimation et dans la propension à leur céder ce qui nous définit, à savoir l’humanité de l’humanisme ? » (p. 68)
La modélisation de l’IA se heurte à des limites : car il existe bel et bien une « non-formalisabilité dans le formalisable » (p. 77). Les défenseurs de l’IA soulignent souvent la capacité de celle-ci à apprendre… sans tenir compte du fait que cet apprentissage se limite toujours à ce qui est « mathématiquement représentable » (p. 81).
Dans le chapitre 4, « L’art issu de l’ordinateur : sur les prémices des esthétiques machiniques », Mersch accorde encore une chance à l’IA, mais se heurte surtout au « hasard », qui, d’un point de vue esthétique, ne mène pas vraiment plus loin : Mersch évoque « l’unité de l’art et de la vie », attribuée à l’avant-gardisme : « C’est en elle que l’établissement du principe du hasard a trouvé sa manifestation la plus percutante : elle ne désigne ni l’esthétisation de la vie, ni le transfert de l’art dans la vie quotidienne, mais une indifférence entre éthique et esthétique, telle que seule l’« ascèse » du hasard, la concentration sur ce qui se passe à chaque instant et doit être reconnu, est capable de la réaliser. » (p. 125 et suivantes) Intuition, imagination, idées, intelligence ? Rien de tout cela.
Le chapitre 5 explique le « développement et le fonctionnement des systèmes d’intelligence artificielle » : grandes quantités de données, reconnaissance de modèles, extraction d’informations, création de nouvelles combinaisons (cf. p. 132), mais il y a des limites : « Le langage des signes est plein d’ambiguïtés, tout comme il est difficile de rendre compréhensible le sens des décompositions sans présupposés profonds. » (p. 163) Les modèles linguistiques à grande échelle ne peuvent s’empêcher de « faire abstraction de la variabilité historique du linguistique » (p. 166). On pourrait bien sûr encore augmenter les volumes de données et tenter de plus en plus de remplacer le principe de qualité par celui de quantité. Le jugement de Mersch : « Nous semblons revenir à une expérience simplifiée de la réalité, identifiable par les machines, qui contredit toute l’herméneutique et la critique de la rationalité du XXe siècle. » (p. 175) L’art via l’IA n’est « rien d’autre qu’un programme de génération de motifs ». (p. 180) Son verdict à la fin de ce chapitre : « L’illusion d’une créativité autonome est un effet de leur opacité croissante, et non d’une capacité améliorée. Les machines ne disposent ni d’imagination, ni de la vivacité des processus figuratifs, tels que la rhétorique l’a démontré pour la parole… » (p. 183)
On prétend que l’IA est capable d’apprendre. Le chapitre 6 traite de la « création artistique par le deep learning » et présente des exemples d’« art » généré par l’IA. Mais celui-ci resterait « … en tant que production, uniquement lié à des procédures mathématiques formelles, de sorte que l’>art< issu de l’ordinateur a d’emblée renoncé à l’artistique et à ses pratiques. » (p. 205) Il reste à constater que l’art issu de l’IA confond le « saut créatif » avec la contingence : cf. p. 227)
Dans le chapitre 7, « Critique esthétique de l’art artificiel », Mersch oppose sa conception de l’art aux promesses de l’IA, ce qui l’amène à nous mettre si clairement en garde contre l’IA et ses prétentions démesurées.
Si l’on résume ses analyses et explications précédentes sur le fonctionnement de l’IA, il apparaît d’ores et déjà clairement que la modélisation de l’IA n’a rien à voir avec la créativité d’un artiste… c’est d’ailleurs pour cela qu’il n’y a pas d’auteur des œuvres produites par l’IA. Les « décisions autonomes » (p. 294) sont de toute façon étrangères à l’IA. Tout ce qui constitue l’art ou une conception de l’art est impossible à représenter avec l’IA : « Toute creatio est bien au contraire située, tout comme l’art appartient à une époque et à ses conditions particulières, auxquelles il répond en s’y référant et en les transformant – alors qu’un « art » issu d’intelligences artificielles ne répond à rien, ne se tourne vers rien, mais exploite des potentiels techniques hors de tout contexte. » (p. 364)(2) Là où il n’y a pas d’auteur, la réception ne fonctionne pas non plus : p. 366 et suivantes. L’art via l’IA donne l’impression de fonctionner par assemblage, mais il ne peut pas du tout exploiter le potentiel de l’assemblage (3). Une « pratique épistémique» telle qu’une « réduplication » par un « >art sur l’art< » (p. 371) lui est étrangère. L’IA peut tout au plus compiler. (cf. p. 373) L’IA produirait une « apparence esthétique » (p. 373) Le pouvoir des machines voudrait instaurer une « domination automatique sur l’image ». « À l’inverse, l’art n’est jamais positif, mais négatif ; il garde ses distances, nous laisse le soin de juger, même là où il touche les affects et provoque nos sens, tandis que l’intelligence artificielle, au mieux, séduit… » (p. 373)
Le jugement global de Dieter Mersch est le suivant : « Le danger des intelligences artificielles (...) réside toutefois moins dans le fait qu’elles soient capables, comme l’a soutenu Nick Bostrom, de nous anéantir dans la poursuite de leurs propres objectifs ; le danger bien plus réaliste est que nous nous anéantissions nous-mêmes avec elles, en ce qu’elles effacent toute distinction entre vérité et mensonge, le témoignage ainsi que le fondement de la crédibilité et de la confiance, et ainsi saper durablement le social en tant que lieu de notre seule existence possible.» (p. 374 et suivantes)
Par rapport à Éric Sadin, qui s’oppose avec véhémence et de manière très fondamentale à tous les aspects des systèmes que l’on veut nous présenter comme de l’IA, Dieter Mersch examine d’abord les principes de l’IA et explique ses modes de fonctionnement fondamentaux, mais aussi les limites que le travail avec des modèles implique. Son livre contient également une définition de l’art, qu’il oppose aux prétentions de l’IA, mettant ainsi en évidence les prétentions exagérées de ce qu’on appelle l’IA. Son succès tient moins à ses capacités qu’à la foi et à la confiance qu’on lui accorde. (4)
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1. Jens Olaf Koch, Prompting kurz & gut. Comprendre les grands modèles linguistiques, utiliser ChatGPT & Cie de manière professionnelle, Heidelberg : O’Reilly 2025.
2. H. Wittmann, L’irréversible n’est qu’un aspect de l’art, dans : Recherches en Esthétique > L’irréversible n° 31, 2026, p. 25-33
3. H. Wittmann, Critique : Arts du montage et de l’assemblage, dans : www.romanistik.infi – ici sur le blog.
4. Michael Wildenhain, Une brève histoire de l’intelligence artificielle, Stuttgar : Klett-Cotta, 2/2024.
In Zeiten, wo alle Welt wie besessen das neue Zeitalter der sogenannten
Künstlichen Intelligenz lobt, das im November 2022 mit dem Erscheinen von ChatGPT begonnen hat, legt Dieter Mersch mit dem Band
Kann KI Kunst? Eine ästhetische Kritik einen wichtigen Beitrag vor, der wohlbegründet die Grenzen der so gelobten KI aufzeigt.
Wahre Wunderdinge werden den KI-Anwendungen jeder Art zugesprochen, schon gibt es KI-generierte Inhalte, die den Grundsatz, ein Text hat einen Autor, sprengen. Immer neue KI-Bild- und Videogeneratoren tauchen auf, und sogar im Bereich der Kunst wird der KI die Herstellung von Kunstwerken zugetraut… oder sie wird uns als Betrachter zugemutet.
Die Begeisterung der KI-Adepten kennt kaum noch Grenzen. Man muss schon zugeben, dass manche Ergebnisse der KI verblüffend sind. Schaut man genauer hin, merkt man bald, dass uns dort mehr Schein als Sein präsentiert wird: > ChatGPT: Résume L’étranger d’Albert Camus.
Dieter Mersch hat KI-Kunst aus dem Computer in Galerien und Ausstellungen in renommierten Museen wie dem MOMA oder der Guggenheim-Foundation beobachtet und bewertet. Natürlich fragt man sich, ist das Kunst oder kann das Kunst sein, wenn als Schöpfer eine KI dahintersteht… auch wenn ein Mensch viele Prompts(1) eingeben muss, um die Maschine dazuzubringen, Kunst herzustellen?
Es sind Wortnachbarwahrscheinlichkeiten, die die KI statistisch ausrechnet und sich dabei eines sehr großen Wortkorpus bedient, um Strukturen auswerten, übernehmen und ausgeben zu können. Eigene Intelligenz wird es nicht geben, zumal wenn die Trennung von einem Wortkorpus dazu führt, dass das System seine Grundlagen verliert.
In der Untersuchung von Dieter Mersch geht es um die Frage, ob KI Kunst kann? Richtigerweise hängt die Frage auch vom Kunstbegriff ab, der hinter einer solchen Frage steht. Da Mersch diese Frage erst im dritten Teil seines Bandes en détail klärt, gibt er zuerst der KI alle Chancen, ihr Können zu beweisen, zählt ihre Ansprüche auf, erläutert ihre Versprechen und prüft die Ergebnisse. Das Ergebnis könnte die Adepten der KI desillusionieren: Die KI ist sehr schnell, liefert zu bestimmten Prompts erstaunliche Ergebnisse, kann möglicherweise Arbeitsgänge verkürzen, kann nur mit Modellen mathematisch (mehr oder weniger) exakt rechnen, ist aber nicht intelligent. Was mathematische nicht modellierbar ist, bleibt außer ihrer Reichweite oder führt sie bestenfalls dazu, zu halluzinieren: > Kann man ChatGPT für wissenschaftliches Arbeiten nutzen? – www.france-blog.info, 22. April 2023.
Dieter Mersch erläutert in seinem Band in den ersten fünf Abschnitten auf systematische Weise die Grundlagen der KI, wie sie konzipiert wurde, wie sie arbeitet und wie ihre Ergebnisse beurteilt werden können. Im zweiten Kapitel „Formalisierung von Kreativität. Zur Mathematisierung des Ästhetischen“ geht es um die für die KI notwendigen Modellbildungen, ihre Grenzen und ihre „Fehlschlüsse“ (S. 46 ff.): Wenn Computer so tun, als würden sie etwas erkennen können „handelt es sich durchweg um Messungen und Geometrien…“ „Der Mangel an Bedeutung wird demgegenüber durch Big Data und Wahrscheinlichkeitsfunktionen kompensiert, die aus wenigen Parametern komplexe Schlussfolgerungen ziehen, die >so aussehen<, als ergäben sie Sinn.“ (S. 49) Mit anderen Worten, kann ein Computer jemals mehr machen, als das was man ihm an Daten, Algorithmen und Parametern gibt?
Beim Stand der Dinge und nach der Lektüre des Bandes von Dieter Mersch kann man sich des Eindrucks nicht erwehren, dass der Erfolg der KI daher rührt, dass es nur die Begeisterung und die Überzeugungen ihrer Adepten sind, die den Erfolg der KI sichert, denn „Ihr (i.e. Computerisierung, H.W.) ontologisches Prinzip ist das >Als ob<, der Schein.“ (S. 50) Damit ist nichts anderes gemeint, als als das ständige Vorgaukeln der KI-Systeme, es handle sich um ein intelligente Maschinen. Ihre Adepten verlernen, zwischen Realität und Virtualität zu unterscheiden: Vgl. S. 50. Das ist keine umständliche Beschreibung, sondern eine präzise Zusammenfassung: „… Modelle als mögliche Welten, existieren nicht; sie bilden Abstrakte in den Grenzen mathematischer Widerspruchsfreiheit. Was sie bezwecken, sind Simulakra im Kontext solcher Beschränkungen.“ (S. 55) KI-Modelle schießen über das Ziel hinaus, sie halluzinieren: „2.5. Simulativität, Hypermimesis und andere überschießende Phantasmen.“ (S. 56 ff)
Im 3. Kapitel geht es um die „>Kritik algorithmischer Rationalität<: Eine synoptische Skizze“. Merschs Ansatz ist völlig berechtigt und weist auf ein grundlegendes Problem hin: Er fragt, soll man, „… weil die eigentliche Gefahr Künstlicher Intelligenzen in ihrer Überschätzung und der Bereitwilligkeit liegt, das, was uns ausmacht, die Humanität des Humanismus, an sie abzutreten?“ (S. 68) Die Modellbildung der KI stößt an Grenzen: denn es gibt sehr wohl eine „Nicht-Formalisierbrkeit im Formalisierbaren“ (S. 77) Die Verfechter der KI unterstreichen oft die Fähigkeit der KI zu lernen… ohne zu beachten, dass dieses Lernen sich immer auf das „mathematisch Darstellbare beschränkt“. (S. 81)
Im 4. Kapitel „Kunst aus dem Computer: Zur Vorgeschichte maschineller Ästhetiken“ gibt Mersch der KI noch eine Chance, stößt aber vor allem auf den „Zufall“, der ästhetisch gesehen, nicht recht weiterführt: Mersch erwähnt die „Einheit von Kunst und Leben“, die dem Avantgardismus zugeschrieben wurde: „In ihr fand die Etablierung des Zufalls-Prinzips ihre durchschlagendste Manifestation: Weder meint sie die Ästhetisierung des Lebens noch die Überführung von Kunst in den Alltag, sondern eine Indifferenz von Ethik und Ästhetik, wie sie nur die >Askese< des Zufalls, die Konzentration auf das, was gerade jeweils geschieht und anerkannt werden muss, zu realisieren vermag.“ (S. 125 f.) Intuition, Imagination, Einfälle, Intelligenz? Fehlanzeige.
Das 5. Kapitel erläutert die „Entwicklung und Arbeitsweise Künstlicher-Intelligenz-Systeme“: Große Datenmengen, Muster erkennen, auslesen, neue Zusammensetzungen erzeugen, (vgl. S. 132) und es gibt Grenzen: „Die Sprache der Zeichen ist voller Mehrdeutigkeiten wie im gleichen Maße der Sinn von Zerlegungen ohne tiefgreifende Präsumtionen kaum verständlich zu machen ist.“ (S. 163) Die Large Langage Models kommen nicht umhin, „die historische Variabilität des Linguistischen zu missachten“ (S. 166). Man könnte natürlich die Datenmengen noch vergrößern und immer mehr versuchen, das Prinzip Qualität durch Quantität zu ersetzen. Das Urteil von Mersch: „Wir scheinen zu einer simplifizierten, für Maschinen identifizierbaren Wirklichkeitserfahrung zurückzukehren, die die gesamte Hermeneutik und Rationalitätskritik des 20. Jahrhunderts widerruft.“ (S. 175) Kunst via die KI ist „nichts anderes als ein Mustererzeugungsprogramm.“ (S. 180) Sein Urteil am Ende dieses Kapitels: „Die Unterstellung eigenständiger Kreativität ist ein Effekt ihrer wachsenden Intransparenz, nicht eines verbesserten Vermögens. Maschinen verfügen weder über Imaginationen noch über die Lebendigkeit figuraler Prozesse, wie sie die Rhetorik für das Sprechen nachgewiesen hat…“ (S. 183)
Man gibt vor, die KI könne lernen. Im 6. Kapitel geht es um „Kunstmachen mittels Deep Learning“ und Beispiele KI-generierter „Kunst“. Sie bleibe aber „…als Produktion einzig auf formale mathematische Prozeduren bezogen, sodass die >Kunst< aus dem Computer von vornherein dem Künstlerischen und seinen Praktiken entsagt hat. (S. 205) Was bleibt ist die Erkenntnis, dass die Kunst aus der KI den „schöpferischen Sprung“ mit Kontingenz verwechselt: vgl. S. 227)
Im 7. Kapitel „Ästhetische Kritik der Artificial Art“ stellt Mersch seinen Kunstbegriff der den Versprechungen der KI gegenüber, was ihn dazu veranlasst, uns so deutlich vor der KI und ihren überzogenen Ansprüchen zu warnen.
Resümiert man seine bisherigen Analysen zur und Erklärungen der Funktionsweise der KI, so wird jetzt schon deutlich, dass die Modellbildung der KI nichts mit der Kreativität eines Künstlers zu tun hat… deshalb gibt es ja auch keinen Autor der Werke, die die KI hervorbringt. „Autonome Entscheidungen“ (S. 294) sind der KI sowieso fremd. Alles was die Kunst oder einen Kunstbegriff ausmacht, ist mit der KI nicht darstellbar: „Jede creatio ist vielmehr situiert, wie auch die Kunst einer Zeit und ihren speziellen Konditionen angehört, auf die sie antwortet, indem sie sich auf sie zurückbeugt und sie verändert – wohingegen eine >Kunst< aus künstlichen Intelligenzen auf nichts antwortet, sich nirgends hinwendet, sondern kontextlos technische Potenziale ausschöpft.“ (S. 364)(2) Wo kein Autor ist, funktioniert die Rezeption auch nicht: S. 366 ff. Die Kunst via KI vermittelt den Eindruck, sie würde per Assemblage funktionieren, aber sie kann das Potenzial der Assemblage(3) gar nicht ausschöpfen. Eine „epistemische Praxis“ wie eine „Reduplizierung „durch eine >Kunst über Kunst<“ (S. 371) ist ihr fremd. Die KI kann allenfalls kompilieren. (vgl. S. 373) Die KI erzeuge eine „ästhetische Scheinhaftigkeit“ (S.373) Die Macht der Maschinen wolle eine „automatische Herrschaft über das Bildliche“ errichten. „Dagegen ist Kunst niemals positiv, sondern negativ; sie hält auf Distanz, überlässt uns das Urteilen, selbst dort, wo sie die Affekte berührt und unsere Sinne provoziert, während Künstliche Intelligenz bestenfalls betört…“ (S. 373)
Das Gesamturteil von Dieter Mersch lautet: „Die Gefahr künstlicher Intelligenzen (…) liegt jedoch weniger darin, dass sie, wie Nick Bostrom argumentiert hat, imstande seien, in der Verfolgung ihrer eigenen Ziel uns zu vernichten-, viel realistischer ist die Gefahr, dass wir uns selbst mit ihnen vernichten, indem sie jede Unterscheidbarkeit von Wahrheit und Falschheit, das Zeugnis wie auch die Basis von Glaubwürdigkeit und vertrauen und damit das Soziale als Ort unserer einzig möglichen Existenz nachhaltig untergraben.“( S. 374 f.)
Im Vergleich zu Éric Sadin, der sich vehement und ganz grundsätzlich gegen alle Aspekte der Systeme, die man uns als KI vorsetzen will, wendet, untersucht Dieter Mersch zuerst die Prinzipien der KI und erläutert ihre prinzipiellen Funktionsweisen aber auch die Grenzen, die die Arbeit mit Modellen mit sich bringt. Sein Buch enthält auch eine Definition der Kunst, die er den Ansprüchen der KI gegenüberstellt und so die überzogenen Ansprüche der sog. KI aufzeigt. Ihr Erfolg rührt weniger von ihren Fähigkeiten her, sondern von dem Glauben und dem Vertrauen, das in sie gesetzt wird.(4)
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1. Jens Olaf Koch, Prompting kurz & gut. Large Language Models verstehen, ChatGPT & Co. professionell nutzen, Heidelberg: O’Reilly 2025.
2. H. Wittmann, L’irréversible n’est qu’un aspect de l’art, in: Recherches en Esthétique > L’irréversible N° 31, 2026, S. 25-33
3. H. Wittmann, Rezension: Arts du montage et de l’assemblage, in: www.romanistik.infi – hier auf dem Blog.
4. Michael Wildenhain, Eine kurze Geschichte der Künstlichen Intelligenz, Stuttgar: Klett-Cotta, 2/2024.
Dieter Mersch,
Kann KI Kunst? Eine ästhetische Kritik
Köln: Herbert von Halem Verlag, 2025
ISBN 978-3-86962-709-0
Bibliographie:
Lesebericht und Nachgefragt: Kolja Reichert, »Kann ich das auch? 50 Fragen an die Kunst« Stuttgart: Klett-Cotta 3/2024. – Aufgezeichnet von Heiner Wittmann